
En ce début d’automne, le monde du yoga francophone est secoué par la publication du livre La face cachée du yoga de Élodie Emery, une enquête journalistique qui révèle les violences sexistes et sexuelles, ainsi que les mécanismes d’emprise présents, dans les diverses communautés de yoga en France.
Aux États Unis et en Angleterre, le #Metoo du yoga a déjà eu lieu. En France, enfin, ce livre révèle ces violences et invite à une transformation. Il faut réaliser que témoigner dans le livre a demandé de la confiance, de la foi en la puissance de la parole libérée. De plus, beaucoup de témoignages continuent d’affluer auprès de groupes de parole, qui se sont constitués en collectifs, afin d’écouter et soutenir les personnes victimes dans le cadre de leur apprentissage du yoga : « Bien entendues » et « Ecoute Violences Yoga ».
Le monde du yoga français est maintenant invité à évoluer et à grandir.
C’est la façon de transmettre l’enseignement du yoga, qui est remise en cause, pas le yoga lui même.
Théo Wildcroft a fait une thèse et ensuite un livre Post Lineage Yoga, From Guru to #Metoo, sur ce sujet. Selon elle, chaque école, chaque communauté de yoga a ses enjeux quant à la manière de créer des espaces bienveillants. Elle conseille dans un entretien réalisé par Citta Vritti :
« Déconstruisez votre perception de ce que doit être un.e professeur.e de yoga : cessez de prétendre être le “sage sur le devant de la scène”. Il y a des choses très simples à faire pour sortir de cette posture, comme par exemple enseigner en cercle. Il s’agit d’adopter une posture de facilitatrice ou facilitateur, d’éducatrice ou éducateur, plutôt que d’instructrice ou instructeur. Nous avons trop longtemps emprunté au modèle d’instruction hérité des salles de sports, souvent dérivé du modèle militaire, très vertical, où nous ordonnons aux gens quoi faire plutôt que de les autonomiser. »
Nous allons devoir dorénavant réfléchir à la place de l’enseignant.e. Est ce qu’elle est différente de la relation guru disciple? Est ce que l’enseignant-e de yoga guide vers l’émancipation ? À quel moment notre relation à notre enseignant-e revêt elle un caractère sacré ?
Qu’est ce qui fait cette relation : la qualité et le comportement juste du disciple? la qualité et la posture de l’enseignant ?
Il me semble en tous cas, qu’un guru bienveillant ne sera jamais dans une relation de pouvoir.
On peut vérifier régulièrement : Est ce que cette relation me rend autonome ? Est ce que je me sens libre d’arrêter les cours ? Est ce que j’ai le diaphragme crispé à son contact ?
Swami Dharmamegha Aranya dit dans son livre Conseils pour la méditation :
« Il faut toujours se dire : « Je n’accorderai à personne le droit ni de me faire rire, ni de me faire souffrir. Bien que mon corps soit assujetti à la dépendance, je ne laisserai jamais mon mental dépendre des autres. »
Nous avons beaucoup de choses à discuter, à réfléchir. Et on pourrait commencer par affiner les chartes de fédérations, d’écoles, avec le rappel des principes fondamentaux de respect de l’espace de l’autre, du corps de l’autre, de sa psyché, etc, des principes émanant de la non violence ahimsā et la véracité satya.
Notamment (le livre le montre bien), il faut souligner et même marteler qu’on doit établir comme principe de base le fait de ne pas avoir de relations sexuelles entre élèves et enseignant-es. Si cette relation arrivait, les deux ne seraient alors simplement plus enseigné-e ni enseignant-e.
On pourrait aussi inviter les enseignant-es à choisir un-e référent-e qui serait là pour discuter de difficultés rencontrées, aider avec les questions qu’on se pose quand on enseigne. Superviser n’est pas surveiller, mais accompagner. J’ai moi même actuellement une personne que j’ai choisie comme superviseuse (qui est différente de la personne qui me guide dans ma sādhanā) et que je sais pouvoir consulter en cas de questions, en plus de pouvoir discuter avec mes ami-es enseignant-es de yoga.
Il y a dans toute cette mise en mouvement et mise en lumière crées par le livre, beaucoup d’espoir. C’est une démarche sattvique. Merci de tout cœur à toutes les personnes qui témoignent dans La face cachée du yoga et à Élodie Emery pour son travail.

Folio illustré, issu d’une série du Ramayana
Fin du XVIIIe siècle, Kangra, Himachal Pradesh.
Metropolitan Museum of Art